Vœux à la presse

Mesdames et Messieurs les journalistes,  

Pour mes premiers et derniers vœux à la presse de candidat à l’élection présidentielle, j’aimerais vous dire quelques mots.

Dans un an, jour pour jour, je vous inviterai à l’Élysée, et nos relations ne seront plus les mêmes. Vous vous adresserez à moi avec respect, admiration, sollicitude et hypocrisie, comme vous le faites toujours avec les Présidents de la République et, malgré le sens aigu que j’aurai de la gravité de mes très hautes fonctions, je vous répondrai avec une sympathie qui rompra de manière éclatante avec le style de mon prédécesseur, cet illustre emmerdeur, selon l’autoportrait qu’il dresse de lui-même et qui, reconnaissons-le, est d’une saisissante ressemblance.

Toutefois, hélas, la nature isolatrice du pouvoir étant ce qu’elle est, je serai Président, vous pas, et il me faudra instaurer entre nous la distance nécessaire à ce que vous disiez de moi : « Il habite la fonction. » Nous verrons bien ! J’ai beau être bonapartiste et gaulliste, je vous promets d’être le moins jupitérien possible. C’en sera fini, du Président qui répond de la manière la plus vide à vos questions les plus creuses ! Nous dialoguerons, nous débattrons, et ce ne sera plus l’idéologie qui aura le dernier mot dans les interviews présidentielles, mais la France.

Et puis, comment pourrais-je vous prendre de haut ? Il y a six mois à peine, j’étais encore l’un d’entre vous. Vous aviez beau me présenter comme « le polémiste d’extrême-droite », j’étais votre collègue. Vous aviez beau clamer que mon intention de me présenter à la magistrature suprême était un coup de bluff destiné à vendre mon dernier livre, un feu de paille médiatique sans lendemain, vous aviez beau tenter de faire croire que je n’étais un provocateur, j’étais votre semblable.

Oui, c’était hier, j’étais l’un d’entre vous. Ah, bien sûr, j’étais différent, aussi. Pour trois raisons. D’abord, j’étais de droite, alors que, souvenez-vous, 99% d’entre vous ont défendu bec et ongles François Hollande, avant d’être 99% à défendre Emmanuel Macron. Ensuite, je parlais et j’écrivais le français, alors que votre langue maternelle est le politiquement correct. Enfin, j’étais populaire. J’étais le plus controversé d’entre nous, oui, mais également le plus applaudi. Alors que vous n’êtes ni controversés, ni applaudis. Vous qui m’avez si souvent présenté comme l’homme le plus détesté de France, vous étiez en réalité, vous êtes toujours, les hommes et les femmes les plus méprisés de France.  

Mais qui vous méprise ? Le peuple. C’est que, voyez-vous, chers amis, le peuple a de la mémoire, de la jugeote et du goût. Le peuple vous en veut. Il a raison de vous en vouloir. Le peuple est en colère. Il dit énormément de mal de vous dans votre dos. Depuis six mois, je fais le tour de la France en long, en large, en travers, je discute de tout avec tous ceux que je rencontre, et je peux vous dire que pas une fois, pas une seule, même pas en rêve, le moindre français ne m’a dit « Arrêtez de dire du mal des journalistes, moi, j’aime les journalistes ! »

Non, vous n’êtes pas aimés, mes bons amis, la population vous taille des costards à la chaîne, de quoi vous rhabiller pour cent ans, mais la question essentielle est alors : « Le méritez-vous ? Êtes-vous responsables de cette affreuse réputation qui vous est faite par nos concitoyens ? Êtes-vous coupables des faits qui vous sont reprochés par le tribunal de la rue ? » Si je veux rester objectif, je me dois de répondre : non.

Parce que je sais ce que vous vivez. Parce que je comprends votre situation. Et que, de tous les candidats, je suis celui qui vous connais le mieux.

Je n’ignore pas ce que certains d’entre vous subissent au sein des rédactions lorsqu’ils osent couvrir ma candidature impartialement ou pire, dire du bien de moi. Je devine, pour l’avoir vécu, les regards mauvais et les poignées de main froides pour celui, par exemple qui oserait ne pas me qualifier par la rituelle formule de « polémiste d’extrême-extrême-droite radicale et extrémiste ».

Je sais la pression qui est exercée sur vous, de l’école de journalisme jusqu’aux plateaux de télévision, la pression d’une idéologie qui est prête à tout pour imposer ses dogmes. Je sais comment cela se passe, j’ai mis des années à m’en libérer, moi aussi. Je connais la facilité d’utiliser les angles des confrères, par peur de l’originalité, par peur de penser par soi-même, par peur d’être marginalisé. D’où cette tendance si moutonnière à se copier les uns les autres. Comme disait Régis Debray : « Qu’est-ce qu’un journaliste ? C’est celui qui lit les autres journalistes ».

Or, le journalisme n’est pas un métier comme les autres, en tout cas pas en France. Je le dis pour les plus jeunes d’entre vous, car cela pourra s’avérer très utile pour la suite de leurs carrières. Le journalisme français est lié intimement à la littérature, la politique et l’histoire. Le journalisme français est, depuis ses débuts, le moteur de toutes les révolutions. En 1830, le peuple de Paris a même renversé un roi pour défendre la liberté de la presse menacée. Le journalisme français est une branche de la littérature française. Tant de nos grands écrivains étaient aussi des journalistes : Lamartine, Hugo et Chateaubriand, Zola, Daudet, Bainville, Camus, Sartre, Aragon, Mauriac, tant d’autres ! Tous ont écrit des articles. Tous ont rédigé des éditos. Tous ont publié des enquêtes. Nos plus grands écrivains et nos plus grands journalistes, se sont jetés avec fièvre dans la vie politique, de Hugo à Lamartine, de Tiers à Zola, d’Aragon à Malraux. Le journalisme, la littérature, la politique, un trio magique, un trio français, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est le style, les grandes idées, les grands idéaux. Le pire, c’est la mauvaise foi, l’invective, le sectarisme. Avec Illusions perdues, Balzac a écrit la critique la plus acerbe de votre métier. Elle n’a pas pris une ride. Seule a changé la technologie. La presse, qu’elle soit écrite ou audiovisuelle, est restée le temple du progressisme qu’elle était déjà. Au temps de Balzac, on était patriote, libéral, socialiste. Aujourd’hui on est soi-disant antiraciste, féministe, écologiste. La culture woke a pris la place du marxisme, qui avait pris la place du socialisme, qui avait pris la place du libéralisme. Peu importe le réel, pourvu qu’on ait l’idéologie. Peu importe la vérité, pourvu qu’on ait la tête de l’adversaire au bout d’une pique.

Je sais que les plus anciens d’entre vous vivent mal l’arrivée des réseaux sociaux dans la vie médiatique du peuple. Ils y voient une concurrence intolérable et l’antre des bobards, le berceau des fake news. Bien sûr, il y a à boire et à manger dans les réseaux sociaux, mais la presse devrait plutôt s’interroger. Internet est au journalisme ce que l’imprimerie fut aux prêtres. Les prêtres ont perdu le monopole de l’interprétation de la bible. Cela a donné le protestantisme. Ces nouveaux prêtres que sont les journalistes ont, avec internet, perdu le monopole de l’interprétation de l’actualité et du monde. Cela donne ce que vous appelez avec mépris le populisme. Moi j’y vois une formidable victoire de la démocratie et de la liberté contre l’idéologie. Car l’idéologie, tenant d’une main de fer les universités et les écoles de journalisme, tenait le journalisme et, à travers lui, dictait l’agenda politique de tout le pays. À travers vous, elle imposait sa grille de lecture à la volonté des peuples. Elle a perdu ce monopole et c’est une immense conquête pour le pluralisme, pour la possibilité de dire la vérité quand le pouvoir la dissimule. Je le dis aux plus jeunes : ne vous opposez pas aux réseaux sociaux, ou le peuple s’opposera à vous. Et sans le peuple, vous n’êtes rien. À moins de vivre exclusivement de subventions… mais alors, vous êtes moins que rien.

Vous le comprenez, de tous les candidats, je suis celui qui éprouve   un amour immodéré pour le métier de journaliste, pour son irrésistible capacité à s’opposer à la fatalité du mensonge, et à le vaincre comme l’ange terrasse le démon. Le journalisme est mon ancien métier, mais il est resté pour moi une passion, et elle n’a rien de passée. C’est elle qui me fait vous parler. Je vous regarde et je me dis : ils sont les otages de l’idéologie, et c’est injuste. On pourrait dire que le peuple mérite mieux que vous. Mais c’est d’abord vous, qui méritez mieux que l’esclavage intellectuel qui vous est imposé.

Et c’est de cette situation qu’élu Président, je vous libérerai. Vous découvrirez la joie de ne plus vous soumettre. Vous serez enfin réellement écoutés, enfin profondément respectés, enfin peut-être aimés, qui sait. Seuls ceux d’entre vous qui ne peuvent vivre que sous perfusion d’argent du contribuable souffriront. Mais il est grand temps que ceux-là se reconvertissent, pour que la vérité soit dite et pour que le peuple se réconcilie avec vous. Le service public ne crachera plus sur le contribuable tous les jours au petit-déjeuner. Il ne giflera plus le réel tous les soirs à 20 heures.

2022 sera l’année qui changera bien des choses ! Elle sera également, voire même avant tout, l’année de la renaissance du journalisme français, le vrai, le grand, celui qui est mort étouffé sous la chape de plomb du politiquement correct, celui qui va retrouver l’inspiration, le courage et la gloire, celui qui va reprendre goût au combat contre le mensonge. La lutte pour la vérité est une bataille sans armes, mais c’est une bataille, rude, prenante, c’est la bataille de toutes vos existences, et elle restera mienne.

Alors, anciens confrères, c’est avec sincérité que je vous souhaite une belle et bonne année 2022. Je vous souhaite de chercher la vérité, de la trouver et de la dire. Je vous souhaite de vous libérer de vos œillères idéologiques, de penser enfin entièrement par vous-mêmes, sans céder à la pression lancinante du conformisme. Je vous souhaite d’exercer le métier le plus excitant au monde : je vous souhaite d’être journalistes ! 

Et maintenant, vive la République et surtout, vive la France !